Théâtre - « Invisibles » de Nasser Djemaï

Actuellement et jusqu’au 18 février au Tarmac – Paris

Aide à l’écriture Beaumarchais-SACD juillet 2011

Texte et mise en scène Nasser Djemaï

avec : David Arribe, Angelo Aybar, Azzedine Bouayad, Kader Kada, Mostefa Stiti, Lounès Tazaïrt et la participation de Chantal Mutel

Dramaturgie Natacha Diet - Assistante à la mise en scène Clotilde Sandri -Musique Frédéric MinièreAlexandre Meyer - Scénographie Michel Gueldry -Création lumière Renaud Lagier - Création vidéo, Régie, Plateau Quentin Descourtis - Costumes Marion Mercier - Stagiaire costumes Olivia Ledoux -Maquillage Sylvie Guidicelli - Régie principale Gaetan Lebret - Régie générale et son François Dupont - Régie Lumière Pascal Pellissier - Habilleuse Pascale Fournier

 

 

Je suis où là ?
- Dans un foyer Sonacotra. Un foyer pour vieux chibanis à la retraite. Tu connais ? Là t’es dans ma chambre.
C’est Martin qui pose la question, un homme de 35 ans venu sur les traces de son père, avec dans les mains un coffret, et dans la tête les derniers mots de sa mère qui cachent de lourds secrets…
Face à lui, il y a Driss, Hamid, Majid, El Hadj, Shériff, des vieux émigrés taiseux, les cheveux blanchis, le corps usé, les rêves en-allés. Tous échoués là par les mauvais hasards de la vie.
Ils sont venus… ils sont restés là, blottis dans l’inconfort des habitudes, comme des enfants perdus sans famille, leurs souvenirs enfouis sous des tonnes de silences, la mémoire ensevelie dans les décombres de l’oubli, les espoirs brisés sur l’insolence du destin et la férocité des exploiteurs.
Avec ce trublion surgi d’un au-delà qu’ils avaient cru pouvoir oublier, ils vont reconstituer une part de leur passé. L’histoire va, peu à peu, se tisser, se retisser, avec dans le lointain de la vie, la voix d’Emma, la mère, et son amour brisé. Une Française, un Algérien, un couple défait par le regard des autres et la rage de l’Histoire…
- D’habitude vous parlez de quoi ?
- Rien. C’est chacun tout seul, chacun dans sa chambre. On s’occupe pas les affaires des autres. C’est silence.

 

« Parfois on en croise un dans la rue et subitement on le voit. On le voit parce qu’il est arrêté avec une attention particulière, au milieu des passants pressés, il regarde. Concentré, immobile, silencieux, il regarde pendant des heures, le travail des grutiers, des manoeuvres qui s’agitent, casques sur la tête. Puis il s’éloigne à petits pas, il est vieux, il a mal à la jambe, on se demande où il va… (…)

Qui sont-ils ? Des travailleurs immigrés, écartelés entre les deux rives de la Méditerranée, qui ont vieilli ici, en France. Ils sont restés seuls, pour des raisons diverses. Ils ne sont pas rentrés au pays. La France est devenue leur pays, ils y ont apporté leurs rêves, mais ils sont devenus des fantômes. Ils ont asphalté les routes, construit les HLM, sorti des quantités de pièces détachées des chaînes et des machines-outils. Ils n’ont pas ménagé leur peine, ils ont bien contribué à ces « trente glorieuses », ces années de reconstruction accélérée de l’économie.

Mais dans l’inconscient collectif ces travailleurs étrangers sont immortels, parce que continuellement interchangeables. Ils ne sont pas nés, ils ne sont pas élevés, ils ne vieillissent pas, ils ne se fatiguent pas, ils ne rêvent pas, ils ne meurent pas, ils ont une fonction unique : TRAVAILLER.

Ils sont devenus des « invisibles », des travailleurs immigrés, écartelés entre les deux rives de la Méditerranée, qui ont vieilli ici. Ils sont restés seuls. Pour des raisons diverses, ils ne sont pas rentrés au pays. La France est devenue leur pays, ils y ont apporté leurs rêves, mais ils sont devenus des fantômes. Ils ont asphalté les routes, construit les HLM et sorti des chaînes des quantités de pièces détachées.

Pour moi, la nécessité de ce projet se trouve à un endroit très particulier : un endroit où je pourrais être un petit enfant assis sur les genoux d’un de ces vieux hommes qui me raconte des histoires, et qu’on puisse rire ensemble. Il faut respecter la pudeur, la fierté et la noblesse de ces ancêtres et aussi, avec délicatesse, brancher le détonateur et faire exploser des moments de vérité, avec toute la violence, la cruauté et la drôlerie qui s’imposent. »

Nasser Djemaï

 


La presse

De souvenirs entendus en paroles récoltées aux portes des cafés, des mosquées ou des foyers Sonacotra de triste réputation, Nasser Djemaï a reconstruit les mémoires de ces vieux Chibanis, ces vieux émigrés des chantiers des Trente Glorieuses, jamais repartis au pays. Télérama

Avec leur jeu sensible, les cinq comédiens arabophones incarnent des hommes déracinés, tantôt faibles, tantôt grands. Chose rare et précieuse dans les oeuvres consacrées à l’immigration, ils le font sans misérabilisme. Politis

Voici des hommes dignes, lucides, en aucun cas dupes de leur condition, enfin mis en lumière dans leurs singularités respectives. Sur un écran défilent des images de femmes ; mères, épouses ou filles en qualité de fantasmes ou de souvenirs, tandis que des musiques de là-bas escortent ce voyage immobile. L’humanité

Quelle est l’étrange force d’Invisibles ? Nasser Djemaï réussi un pari trop rare dans le théâtre français : entrer dans le vif d’un sujet de société, appuyer là où ça fait mal et faire rire en même temps. Le Monde

 

Production déléguée MC2 : Grenoble
Coproduction MC2 : Grenoble, Maison de la Culture de Bourges, Le Granit – scène nationale de Belfort, Repères – Groupe de création artistique, Théâtre Liberté – Toulon, Théâtre Vidy Lausanne, le Domaine d’Ô (domaine départemental d’art et de culture, Hérault) – accueil en résidence.

Recueil de la parole en collaboration avec l’association Fraternité – Teissere (Grenoble) et le Foyer ADOMA de Grenoble, D’cap (Echirolles). Accueil en résidence d’écriture Le Sémaphore à Cébazat.

Avec le soutien du CENTQUATRE, de l’ONDA.

La Cie Repères – groupe de création artistique est subventionnée par la DRAC Rhône Alpes, la Région Rhône Alpes, le CG de l’Isère et la Ville de Grenoble.

Le texte Invisibles, la tragédie des Chibanis a reçu l’Aide à la création du Centre National du Théâtre, le soutien de la SACD à l’auteur. Il est publié aux Editions Actes Sud-Papiers.

Ce projet a bénéficié du dispositif SACD et SYNDEAC : en 2011, passez commande !